In the Veins Camille Henrot
Dates : Vendredi 1 mai 2026 - Dimanche 10 janvier 2027
Adresse : LUMA Arles, Parc des Ateliers, 35 avenue Victor Hugo, 13200 Arles
LUMA Arles
Parc des Ateliers, 35 avenue Victor Hugo
13200 Arles
France
Lien de réservation
Description, horaires...
Avec In the Veins, Camille Henrot – figure majeure de sa génération – livre un nouveau film qui demande ce que veut dire élever un enfant au temps du dérèglement climatique et de l'extinction de masse.
Au centre de l'œuvre, le deuil écologique, que l'on nomme aussi solastalgie : cette manière très concrète et quotidienne de vivre avec une perte qu'on ne rattrapera pas. Henrot se garde d'en faire un problème planétaire abstrait ; elle l'installe dans l'ordinaire, là où le soin, la peur, l'amour et la responsabilité sont les plus vifs.
Le point de départ du film tient en une contradiction toute simple, et pourtant dérangeante. L'enfance est saturée d'animaux : ils sont dans les livres, les jouets, les chansons, dans tous ces premiers apprentissages qui nous servent à nommer le monde. Or beaucoup de ces animaux-là sont aujourd'hui menacés, déplacés, en train de disparaître. Lire un abécédaire avec un enfant et tomber sur « J comme jaguar » ou « O comme ours polaire », c'est buter sur l'écart immense entre l'image et le réel. Le film s'installe dans cette dissonance : que signifie recevoir en héritage un imaginaire débordant de vie animale et transmettre, dans le même geste, un monde où cette vie s'éteint ?
Vues ainsi, la parentalité et l'écologie deviennent deux pratiques du soin qui se répondent. Toutes deux ont affaire à la fragilité, à la dépendance, à ce qu'il faut préserver pour que cela survive. Toutes deux vont à contre-courant d'une culture qui valorise le neuf, la vitesse et la consommation plutôt que la réparation, la durée et la responsabilité. In the Veins tient le soin pour un acte éthique et politique, non pour une affaire secondaire ou privée. Les gestes par lesquels on veille sur le vivant – s'occuper, nourrir, nettoyer, protéger, réparer – fondent toute conscience écologique digne de ce nom. Le film le montre notamment dans des centres de soins pour la faune sauvage, où arrivent des animaux blessés par la violence des systèmes humains : milieux empoisonnés, habitats détruits, écosystèmes abîmés. Ces lieux donnent à voir en même temps la destruction et la réparation, et des formes de soin qui ne passent ni par la domination ni par la possession, mais par la patience, la retenue, une proximité qui ne s'approprie rien. Veiller sur des animaux sauvages ressemble en cela à l'éducation d'un enfant : aucun résultat idéal à atteindre, seulement l'effort qui permet à une autre vie de continuer.
Le film est aussi une méditation sur le temps. La répétition, si présente dans le soin, en devient un principe formel. Contre la logique du progrès en ligne droite, l'œuvre privilégie des rythmes cycliques : le jour et la nuit, les saisons, mais également la croissance, le retour, l'épuisement, le renouveau. Le choix n'est pas gratuit, car la crise climatique échappe souvent à la perception courante : trop lente pour faire événement, trop rapide pour que les sociétés aient le temps d'y répondre. L'enfance a une temporalité comparable – continue, transformatrice, insaisissable dans son propre mouvement.
Par sa construction, sa bande-son et son montage, In the Veins soutient que les gestes de soin accomplis au milieu de la destruction ne sont pas des actes mineurs mais des formes de courage. Prendre soin d'un enfant, d'un animal ou d'un monde abîmé, c'est refuser le désespoir en continuant de répondre du vivant.
Exposition organisée par Vassilis Oikonomopoulos, directeur artistique. Présentée à La Tour, Glassroom, niveau -2.
Ouvert tous les jours de 10h00 à 19h00.