UTOPIA UTOPIA Babi Badalov
Dates : Samedi 4 juillet 2026 - Dimanche 20 septembre 2026
Adresse : Espace Niemeyer (Palais de Tokyo hors-les-murs), 2, place du Colonel Fabien, 75019 Paris
Espace Niemeyer (Palais de Tokyo hors-les-murs)
2, place du Colonel Fabien
75019 Paris
France
Description, horaires...
Hors-les-murs du Palais de Tokyo, à l'Espace Niemeyer, siège du Parti communiste français.
Chez Babi Badalov, artiste d'une grande sensibilité et d'une production foisonnante, le mot engendre la forme, et la forme engendre le sens. Sa poésie visuelle se décline sur des supports variés – textiles, collages, dessins tracés sur des papiers administratifs – et navigue entre art brut, classicisme, baroque et esprit punk. Son écriture obsessionnelle exploite la malléabilité de la langue par les calembours, les redites et les homophonies, et étire les lettres jusqu'à les faire tendre vers l'arabesque. Cousin du graffiti, son art garde le goût de l'ornement et rappelle la parenté entre écriture et dessin propre à la tradition musulmane, dont il est en partie héritier. Travaillant avec des matériaux récupérés, dans une esthétique de l'urgence, il déploie un artisanat séduisant malgré la modestie des moyens.
Des fragments d'Histoire émergent de son regard, de l'effondrement de l'URSS à la pandémie de Covid, de Joseph Beuys à Bakounine. Né en Azerbaïdjan, Babi Badalov a vécu ces bouleversements au gré d'exils successifs aux États-Unis, en Turquie, au Royaume-Uni puis en France, où il obtient le statut de réfugié politique en 2011. Là où la langue peut dresser des frontières, il la marie à l'image et la détourne pour en faire un outil de lien.
Les mots sont pour lui une façon d'habiter le monde. Ils disent son quotidien et les enjeux politiques qui le traversent : métissage des cultures, droits humains, mondialisation, exil, identité, liberté d'expression, effets du capitalisme. La langue est un système de normes ; chez Badalov, cette norme se dérègle, sort des rails et file librement en tous sens. Cette émancipation accepte le risque de l'énigme, mais aussi celui de l'absurde et de l'idiotie, qui n'est jamais qu'une autre forme de sagesse.
À l'Espace Niemeyer, lieu chargé d'histoire et porté par de grands idéaux, où ont retenti des mots d'ordre comme « Utopistes debout ! » ou « Rêve général ! », ses slogans poétiques, capables de faire naître d'autres réalités, trouvent un écho singulier. Depuis une voix à la fois minoritaire, métissée et ambivalente, l'artiste renouvelle la figure du slogan et revendique une liberté qui parle à la sensibilité plutôt qu'à la raison. Il redonne aux mots leur force : celle de résonner, de rassembler et d'esquisser d'autres possibles.
Commissariat : Guillaume Désanges, assisté de Léna Kemiche. Un projet du Palais de Tokyo en collaboration avec l'Espace Niemeyer – siège du Parti communiste français, Libres comme l'art et la galerie Poggi.
Horaires : du mardi au samedi, de 12h à 19h. Entrée libre.