Joan Miró. Protestation Joan Miró
Dates : Samedi 3 octobre 2026 - Dimanche 7 mars 2027
Vernissage : Vernissage Vendredi, 2 octobre 2026 - 18:00
Adresse : Les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse, 76 allées Charles de Fitte, 31300 Toulouse
Les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse
76 allées Charles de Fitte
31300 Toulouse
France
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Description, horaires...
Les Abattoirs consacrent pour la première fois une exposition à Joan Miró (1893-1983), figure majeure de l'art moderne espagnol. Réunissant près de deux cents œuvres, cette manifestation exceptionnelle fait un choix inédit : placer l'acte de protester au cœur de son processus de création.
Le point de départ du parcours est la critique lancée en 1926 par Louis Aragon et André Breton lors du ballet Roméo et Juliette de Serge de Diaghilev, dont Miró signe les costumes. C'est au tract distribué ce soir-là par les deux surréalistes que l'exposition doit son titre, Protestation. À travers un ensemble d'œuvres peu montrées en France, le parcours retrace des moments d'expérimentation qui révèlent la part de la protestation dans la recherche plastique de Miró, engagé dans un affrontement avec la peinture jusqu'à vouloir « l'assassiner ». Dans un contexte marqué par la guerre puis par le franquisme (1936-1975), il s'approprie la protestation pour en faire un geste créatif, lui-même contestataire. L'exposition montre ainsi un artiste étroitement lié à son temps et la portée politique de son œuvre, en présentant ses travaux avec une jeune génération d'artistes engagés : Josep Royo, Pere Portabella et la compagnie théâtrale La Claca.
Organisé de façon chronologique, le parcours suit les tentatives successives de Miró pour dépasser la peinture et leur écho aux événements de l'époque.
Entre 1927 et 1937 surtout, il se tourne vers la danse, avec les ballets Roméo et Juliette puis Jeux d'enfants, mais aussi vers des supports inattendus, peignant sur des toiles brutes ou du papier de verre. Sans abandonner son vocabulaire propre, les décennies suivantes voient apparaître des matériaux pauvres, une composition dépouillée, des formes brutales, des corps déformés et la présence sensible du geste. Cette orientation esthétique, lisible dans la Série Barcelone (1939-1944) comme dans les toiles des années 1970, exprime sa volonté de désublimer un art académique devenu trop dominant, et la dimension protestataire de son travail.
L'ensemble présenté met également en évidence l'extraordinaire aptitude de Miró à remettre son œuvre en cause, radicalisant son rapport à la peinture, notamment au contact de jeunes artistes politiquement engagés.
Au milieu des années 1970, plusieurs complices le rejoignent : le tapissier Josep Royo (né en 1945), le cinéaste Pere Portabella (né en 1927) et la troupe La Claca, qui voient en lui l'incarnation d'une tradition rebelle. Chacun, par son médium — tapisserie, cinéma, théâtre —, prend part à une même entreprise : la mise à mort collective de la peinture et du dictateur. Le parcours éclaire cette constellation mironienne, qui offre d'autres voies pour aborder son œuvre. Des corpus remarquables sont montrés ensemble pour la première fois, révélant l'importance du travail collaboratif chez Miró. L'exposition rassemble ainsi un ensemble exceptionnel de tapisseries et de sobreteixims réalisés à la Farinera de Tarragone avec Josep Royo. Sont aussi présentés les costumes conçus par Miró pour Mori el Merma, spectacle créé en 1976 avec La Claca. Librement tiré d'Ubu roi d'Alfred Jarry, ce projet dit tout l'intérêt de Miró pour la figure d'Ubu, caricature du despote qui traverse son œuvre et prend ici le visage du général Franco. Enfin, une série de films de Pere Portabella jalonne le parcours, chacun témoignant de la force de ces expériences artistiques et de leur charge politique, dans un moment de solidarité avec une jeunesse en résistance.
Cette approche particulière entend battre en brèche l'image de l'esprit solitaire comme celle de l'œuvre tardive, si souvent convoquées pour présenter les grands modernes. Elle montre comment, en retournant la protestation, Miró conteste sans relâche sa propre peinture et en fait un objet de protestation où se cristallisent les tensions de son époque. Il devient ainsi l'emblème d'une ferveur anti-autoritaire.
Commissariat : Carles Guerra, chercheur et commissaire indépendant, et Lauriane Gricourt, directrice des Abattoirs.
Exposition coproduite par la mairie de Toulouse et Toulouse Métropole, avec le soutien de l'État – Préfecture de la Région Occitanie et de la Banque populaire Occitane. En partenariat média avec ICI Occitanie, Le Figaro, Beaux Arts Magazine, Arte et France Culture. En partenariat avec Acció Portabella, à l'occasion du centenaire de Pere Portabella.
Horaires : du mercredi au dimanche de 12h à 18h.