Estampe

La définition de l’estampe est en réalité simple dès lors que l’on saisit la proximité étymologique et sonore entre les mots « estampe » et « tampon ». Une estampe désigne une image créée par un artiste, puis imprimée à partir des traits ou des formes reportés sur une matrice.
C’est en raison de cette intervention technique initiale que le terme « gravure » s’est progressivement imposé dans le vocabulaire courant au détriment du mot « estampe ».
 

 

Estampe originale vs estampe d’interprétation

L'analyse scientifique d'une estampe repose sur une distinction fondamentale liée au rôle de l'artiste :
L’estampe originale : Lorsque l’artiste intervient directement dans la création et le traitement de la matrice, et que l’image finale n’existe à travers aucune autre technologie préalable, l’estampe est considérée comme une œuvre d’art originale (généralement multiple).
L’estampe d’interprétation (ou de reproduction) : Si un maître-graveur intervient seul pour transposer une œuvre préexistante (un tableau ou un dessin de l'artiste) sur la matrice, il s'agit d'une estampe d'interprétation. Dans ce cas précis, la valeur de l’œuvre dépend strictement des spécificités du tirage, tant en qualité d’exécution qu’en nombre d'exemplaires édités.

 

 

Les principales techniques de l'estampe

Le vocabulaire technique lié à la réalisation des matrices est particulièrement riche et se divise selon les procédés de gravure et d'impression. Il y a les rocédés en relief (taille d'épargne) : La xylographie (sur bois de fil ou bois debout) et la linogravure ; il existe également ce que l'on nomme les procédés en creux (taille-douce) : Les matrices en métal travaillées au burin, à la manière noire, à l'eau-forte, à l'aquatinte, à la manière de crayon, à l'héliogravure ou encore à la gravure au carborundum. Il existe, enfin, les procédés planographiques et de report : La lithographie, la chromolithographie, le pochoir et la sérigraphie.

 


Évolutions contemporaines : L’estampe numérique, intégrée plus récemment aux pratiques artistiques.
 

 

Repères historiques et filiations : le corps, la matière et la subversion

Célèbres dès le XVIe siècle à travers les chefs-d'œuvre d'Albrecht Dürer, les estampes traversent toute l’histoire de l’art. Elles connaissent une résurgence majeure en Occident au XIXe siècle, fortement stimulée par la découverte et l'influence des mouvements de l'estampe japonaise (Ukiyo-e puis Shin-Hanga).
Au-delà des styles, l'estampe a toujours été le lieu d'une transmission technique et d'une liberté absolue entre les artistes, devenant le terrain privilégié de l'exploration du corps, de la matière, de l'invention de procédés inédits et du détournement des tabous.

 


 

Du bois sauvage de Gauguin aux pointes sèches de Rodin

Paul Gauguin et la morsure du bois : À la fin du XIXe siècle, Gauguin révolutionne la gravure sur bois (notamment avec la série Noa Noa). Rejetant le fini académique, il attaque la matrice de manière brute, sculptant le bois de fil pour obtenir des textures rugueuses, primitives et sensuelles. L'estampe devient le réceptacle d'un érotisme sacré et d'un corps sauvage libéré des conventions occidentales.
Auguste Rodin et l'instantanéité du trait : Si Rodin est avant tout sculpteur, son œuvre gravé (essentiellement à la pointe sèche sur cuivre) explore la même urgence charnelle que ses dessins. Sans repentir possible, la pointe raye le métal pour fixer le mouvement de ses modèles, capturant l'intimité des corps et des postures érotiques avec une liberté graphique que la sculpture publique monumentale ne lui permettait pas toujours d'exposer.

 

 

L’innovation technique au service de la matière : d'Henri Baviera aux Nouveaux Réalistes

L'estampe se réinvente constamment au XXe siècle par la recherche d'effets de matière inédits et le croisement des disciplines artistiques.
Henri Baviera et l'alchimie du procédé : Artiste-inventeur, Henri Baviera pousse très loin les limites techniques du support en concevant des procédés originaux (notamment ses reliefs polychromes). Sa maîtrise technique absolue de la matière en fait un collaborateur privilégié pour les grandes figures du Nouveau Réalisme et de l'École de Nice : il réalise de nombreuses estampes pour Arman et César, traduisant par des procédés d'impression uniques les problématiques de l'accumulation, de la compression et de la texture propres à ces artistes.

 

 

La lignée de « La Pisseuse » : de Rembrandt à Jean-Jacques Lebel

Cette exploration sans fard de l'intimité et du corps physique trouve son point d'orgue dans la rémanence du motif subversif de La Pisseuse, véritable fil d'Ariane iconoclaste :
Rembrandt van Rijn (1631) : Avec son eau-forte La Femme qui pisse, Rembrandt saisit le corps dans son intimité la plus triviale et réaliste, rompant de manière radicale avec l'idéalisation classique de la Renaissance. L'estampe devient ici le médium de l'instantané vernaculaire.


Pablo Picasso (1965) : Fasciné par Rembrandt — qu'il réinvente et affronte obsessionnellement par la gravure à la fin de sa vie —, Picasso reprend explicitement ce motif dans son eau-forte La Pisseuse. Il y pousse l'érotisme et la distorsion cubiste, utilisant la morsure de l'acide sur la plaque pour accentuer la violence, la grivoiserie et l'ironie du geste. Figure majeure du détournement plastique, du happening et des positions libertaires, Jean-Jacques Lebel s'inscrit directement dans cette lignée de la subversion charnelle avec son Eloge de la Pisseuse de Rembrandt. La convocation ou la résonance de ce motif chez Lebel prolonge l'esprit de contestation des tabous institutionnels et sociétaux, utilisant la puissance brute de l'art graphique pour relier l'histoire de l'art à la pulsion vitale.

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Artistes associés

Pierre Alechinsky, Arman, Henri Baviera, César, Marc Chagall, Honoré Daumier, Albrecht Dürer, Philippe Favier, Paul Gauguin, Hashiguchi Goyō, Utagawa Hiroshige, Henri Matisse, Pablo Picasso, Rembrandt, Auguste Rodin,  Barthélémy Toguo, Andy Warhol, Shozaburo Watanabe.

 

 

 

 

Artistes à rapprocher

Jean-Jacques Lebel

Courant, mouvement, lieu à rapprocher

Ukiyo-e, Shin-Hanga

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